Dimanche 1 novembre 2009

Faire comme…
Trois semaines de stage en chirurgie pédiatrique et j’ai déjà l’impression que c’est une éternité. 29 lits dans le service, des pathologies de neuro, de cardio, de viscérale, d’onco, d’orl et les hébergés des autres services… certains sont là depuis des mois, d’autres ne feront que passer.
De 2 ans et demi à 16 ans en principe, je dis en principe car il y peut y avoir des bébés comme des plus grands… manque de place dans les services… La réalité me saute en pleine face.
Difficile d’être là, disponible et à l’écoute de tous. Les infirmières ont à peine le temps d’arriver dans une chambre qu’elles doivent aller dans la suivante : je suis en retard sur mon tour… C’est l’obsession, c’est le stress…Elles ne sont que deux et une auxiliaire puer aujourd’hui…Absence maladie ou autre, alors on compte aussi sur les stagiaires. Il ya le nom des enfants sur le lit… Heureusement. C’est parfois le seul moyen de se rappeler comment ils s’appellent. De lui, tout ce qu’on retiendra, c’est qu’il a Augmentin X 3 et un antalgique à la demande. Sa maladie sera hiérarchisée. Il n’a pas de pansement, il n’aura pas besoin de plus de temps. Il est sortant cet après-midi ou demain, on va avoir un lit garçon… Difficile de mettre un visage, si on le croise en dehors de sa chambre, on ne le reconnaitra même pas.
Ambulatoire : tu rentres, tu sors, on t’a à peine vu.
…et il y a ceux qui sont là depuis longtemps. Plus les soins sont lourds et mieux on les connait alors oui, même s’il ne faudrait pas, on s’attache.
Le soir, chez moi, je revois leur visage. Je revis tel ou tel soin car à ce moment là, je n’ai pas laissé l’émotion faire surface… Elle revient le soir. Je décompose, j’analyse, je me souviens et souvent, j’ai de la peine. C’est le soir que c’est le plus difficile à repousser, car hors du contexte et loin de « ce qu’il faut faire », apparait la question que dans l’urgence on ne se pose pas : « pourquoi ». Pas pourquoi il faut lui donner ça ou faire ça, je ne parle pas de soin, mais de pourquoi la maladie, pourquoi c’est injuste et comment ont-il autant de courage…sans s’en rendre compte. Je m’interroge alors sur les patients, qui ils sont, sur le sens de la vie, pour eux, pour moi, pour chacun.
Al : 16 ans, ostéosarcome. Il ne faut pas s’attacher aux ostéosarcomes, m’a dit une infirmière, les yeux embués de larmes… j’y devine une histoire, je ne bronche pas. Je la laisse se souvenir puis se « re-cadenasser ». Oui, c’est compliqué à gérer tout ça. J’écoute les conseils… J’écoute aussi ce que j’ai envie de donner. Il y a un calcul dans la relation. Ne pas se mettre en danger, ne pas oublier que l’on ne fait que passer. Et pourtant…on a envie.
Lo : 12 ans, mucoviscidose…on dirait un petit oiseau tombé du nid. Je prends sa tension avec un brassard pour bébé. Je relève la manche de son t-shirt fashion en parlant avec elle du dernier groupe à la mode.Chacune de ses respirations est un effort, alors elle choisit bien ses mots, Lo, faut pas gaspiller un souffle. Je suis admiratif de voir comment elle les manie avec dextérité...
Léo : 13 ans, tumeur bulbo-médullaire m’explique mieux que l’interne son traitement avec un regard sans âge. Seules les peluches sur son lit et les poster de cheveaux me rappellent qu’elle est à peine une ado.
C’est venu tout seul. Eux, moi, on fait comme… Comme si l’espoir était toujours permis. Ils me parlent de ce qu’ils feront plus tard, de leurs peurs, de leurs envies, de leur vie…en faisant semblant d’être des adultes… et moi souvent je vois l’enfant au détour d’un regard qui se baisse.
Je fais comme si la vie valait la peine qu’on rigole chaque jour pour mieux aimer le suivant. Je raconte dehors, je suis toujours de bonne humeur…alors ensemble, il arrive qu’on rigole vraiment de n’importe quoi et même quelque fois de la maladie…

Par Inkan
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Vendredi 28 août 2009

 Hier, en compagnie de ma tante, nous avons épluché les vielles photos de famille.

 Bizarre de voir comme on était mal fringués, le sous-pull lycra, la salopette, les couleurs flashies post seventies début eighties...et la coupe de cheveux!
 Je posais un regard neuf sur ces photos (je n'en ai aucune). Je ne me rappelais d'aucun de ces moments qui me semblaient d'autant plus anciens que le grain de la photo était vieux, trop sombre ou surexposé. Est-ce moi?
Cette vie n'est pas celle que je connais aujourd'hui. Sa signification, sa définition a changé. Puis-je faire un pont entre cet enfant là que j'ai aimé et l'adulte que j'aime moins?

Réminescence de nos premiers rêves déçus...là ce regard que je vois quelquefois dans le miroir.
Réminescence de ce que je me sentais immortel...demain n'existait pas encore et courrir jusqu'au bout du champ prenait une éternité.
Réminescence de l'insouciance, du jeu... quand entrer dans un poulailler ou une grange était une expédition pleine d'aventure.
Réminescence du premier jour des grandes vacances... longues, pleines de promesses d'amis, de nouveauté, de jeux...
Réminescence du dernier...l'odeur de la trousse neuve, du cartable, de la colle uhu...et découvrir que les parents en savent moins que le maître...et bientôt que nous.
Réminescence du premier mot doux... je t'aimerai jusqu'à la fin des temps et marcherai tous les jours une main dans la tienne.
Réminescence de la découverte de la douleur psychique.. pourquoi ça me serre la gorge comme ça et j'ai envie de tomber par terre et de mourir.
Réminescence de la détermination... jamais je ne laisserai quelqu'un d'autre m'atteindre. Je me relève les yeux plein de rage et de défi. Je peux tout surmonter, je peux tout vaincre; je suis fort.
Puis viennent les promesses que l'on se fait. Des enfants aux enfants, des ados aux ados, des parents aux enfants, des enfants aux parents ...aux amis... aux ennemis...
-Je ne t'oublierai pas
-Je serai là pour toi
-Je reviendrai
-Tu compteras toujours
-On fera ça ensemble

Il y a des promesses que l'on croit et celles que l'on soupçonne d'être fausses (il a croisé les doigts c'est sûr).
Il y a celles quon a besoin de croire alors qu'elles ne sont pas vraies.
Il y a celles qui ne sont pas tenues, ce qui ébranle nos valeurs. On découvre le mensonge et l'effroyable vérité:
sous le vernis des promesses, le monde est un peu plus moche que ce qu'il n'y parait.
Il y a celles que l'on se fait: peut-être que ce sont les plus dures.

 Etre déçu par les autres devient une habitude, par soi une perte d'estime supplémentaire.
J'ai été bien souvent trahi par l'autre, mais je suis effayé de l'être par moi.

 Alors je reprends la liste des promesses que je m'étais faites:
Ne m'étais-je pas dit de ne plus mettre autant d'espoir dans des choses qui ne sont vraies que pour moi.
N'avais-je pas dit que je ne me laisserais pas atteindre par les fausses-promesses.
Ne m'etais-je pas dit de ne pas m'abandonner quand l'autre le fait.
Ne m'étais-je pas dit que j'allais leur montrer et devenir quelqu'un.
Ne m'étais-je pas dit qu'on chercherait ma présence, qu'on voudrait faire mille choses avec moi parce que je serais moi...et qu'on aimerait être avec moi.
N'avais-je pas dit que je rayerais de ma mémoire la prochaine personne qui me décevrait.
N'avais-je pas dit qu'on m'aimerait un jour sans que l'on se fuit et que j'habiterais avec cet amour pour partager nos peines, nos joies, nos vies?

Aujourd'hui, qu'en est-il?

Quand je repense aux promesses que je me suis faites pour quand "je serais grand" et où j'en suis, j'ai du mal à me dire qu'il s'est passé autant de choses. J'ai vécu une vie pour certains et je n'ai pas tant grandi que ça au final (même si j'en ai réalisé quelques unes...);


  Certaines promesses sont tenues, d'autres peuvent l'être. La plupart sont perdues.

Voilà ce qui me trouble aujourd'hui.
Dans cet univers d'incertitudes, je voudrais tellement avoir celle qu'on peut m'aimer sans me mentir ou me faire miroiter des choses qui n'arriveront pas. Je voudrais croire en la promesse.
C'est le cri de l'enfant qui se rappelle.
C'est le cri de l'enfant que le mensonge a cassé
C'est le cri de l'enfant qui veut croire  qu'il existe du vrai, du beau , du bien...pour rendre son monde plus supportable.

Heureusement, même si au final, j'en ai que très peu, j'ai  la chance d'avoir trouvé dans ces marécages des promsesses de "vrais" amis.
Et même si je suis déçu que ces deux mots n'aillent pas toujours ensemble,  je remercie la vie qui m' a offert ceux pour qui ils sont synonymes.

Par Inkan
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Dimanche 23 août 2009



Au pied du châtaigner séculaire, les yeux inondés par d’innombrables gouttes de pluie, il regarde le combat des nuages et du vent.




 Chacun des éléments se déchaine et donne au paysage des airs de fin du monde. Les éclairs zèbrent le ciel. Il se déchire, semble se recoller puis se déchire à nouveau. La voute céleste déverse ses larmes de colère, de rage en de trombes d’eau purificatrice. Chaque particule d’air, de roche, de végétaux ou de terre est inlassablement balayée.

Flash ! Un Dieu photographe fige le temps au son d’un grondement de tonnerre…Et il contemple alors les gouttes d’eau suspendues dans l’obscurité devenue alors translucide. Elles s’impriment en négatif, à perte de vue, sur l’étendue désolée qui pourtant révèle alors une fantomatique beauté.

Il discerne le moindre détail, ses sens galvanisés par l’odeur puissante de l’ozone.

Le monde se déplie de toute sa hauteur, et pose maintenant sur lui son regard de géant. L’homme se sent alors fourmi, bien vulnérable sous l’abri d’un châtaigner/brin d’herbe. L’arbre grandit à son tour sous la lumière blafarde. Ses branches écartées défient l’orage. Les feuilles se découpent comme autant de mains qui s’abreuvent d’une eau salvatrice.

« Grandis avec la tempête, sois humble et ais confiance… »

Une langue électrique vient lécher le talus à quelques mètres de lui. L’énergie s’éparpille, libre de se propager, d’explorer et de caresser le sol.

La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit se dit-il puis subitement il pense à Elle. Regarde-t-elle l’orage aussi ?

Il imagine son excitation enfantine et il voudrait pouvoir être prés d’elle pour la partager à nouveau.


  Il se lève alors et marche sous la pluie froide. En quelques secondes il est trempé mais il s’en moque. Non, il s’en délecte… Il laisse l’eau parcourir sa peau et s’infiltrer partout sous ses vêtements. Il suit son parcours aux frissons qu’elle provoque sur son passage. Il fusionne avec elle, s’ouvre à l’orage et prend alors corps dans la photo en négatif. Silhouette sombre dressée au milieu de la lumière, le visage tourné vers le ciel, éclatant de rire.

Il pense à elle…et marche alors droit sur le talus.

« La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit »

…et pourtant ce soir, il pense à elle, l’aime encore et il se dit que c’est tout à fait possible.

Il court maintenant, présence irréelle dans des éclaboussures de cristal. Il vibre maintenant, comme le tumulte assourdissant.

Il l’a rejoint, a pris sa main sans un mot et l’a entrainée dehors avec lui. Elle s’est laissée faire, puis a couru derrière lui, ses pieds semblant à peine toucher le sol, la pluie dans les yeux.

Un autre flash et le châtaigner leur fait signe, leur ouvrant ses bras.

La foudre ne tombe jamais au même endroit… et pourtant… sa bouche vient redécouvrir la sienne et leur cœur est tonnerre.

Elle le regarde avec une expression indéchiffrable puis sourit en enlevant délicatement une feuille collée sur son front

Elle se blottit tout contre lui. Leurs deux visages se tournent vers le ciel et ils s’écoutent respirer dans le mugissement de la nuit.

Au pied du châtaigner séculaire, les yeux inondés par d’innombrables gouttes de pluie, ils regardent le combat des nuages et du vent.

Par Inkan - Publié dans : Textes et nouvelles
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Lundi 20 juillet 2009

2. Le fou rire « p’tain, arrêtes, on va se faire goaler… » :

Avec ce fou rire, tu retournes l’espace d’un instant en enfance, tu rigoles de ta connerie avec ta meilleure amie qui, bon public, se bidonne autant que toi, surtout que…shhht, faut pas faire de bruit, ça craint !!!

Montpellier, un soir de printemps, ou d’été, je sais plus…

  J’étais avec Ether chez un couple d’amis qui semblait à couteaux tirés et il y avait une légère tension que nous avions essayée d’éluder tout le long du repas. Monsieur nous impressionnait par sa conversation (ou absence de conversation) mais nous étions contents d’être là, c’était les vacances et nous avions envie de rire et de nous amuser… Soirée avec les enfants qui durent filer tôt au lit et il y avait : le chien !

Le chien : une brave bête (bête ?), du genre gros chien noir qui avait oublié qu’il n’était plus un chiot et  s’entêtait à venir nous bouffer les mains, à grand renfort de babines, tout en tirant en arrière, en agitant la tête frénétiquement pour arracher ce qu’il pouvait… « on joue au bâton ? » ou « tu cours et je te saute dessus avec mes grosses patounes ! » et surtout « nan, j’ai pas compris que tu me le lances loin pour que dès que j’ai le dos tourné, tu te carapates et te barricades derrière une planche qui me bloque l’accès à la terrasse… (c’était là ça tout à l’heure ?!) ».

Nous n’arrivions pas à décider si nous étions exaspérés ou amusés par sa « collitude » (j’te colle/copain toi !) et surtout nous faisions bien semblant de le trouver adorable lorsque le bave brave toutou nous mastiquait affectueusement les doigts devant papa et maman. Mais un moment d’inattention de ceux-ci et Ether lançait le bâton avec la force et la hargne d’un lanceur de baseball… J’entendais même ses pensées : Mais casses-toi ! alors que le bâton atterrissait à l’autre bout du terrain (jamais assez loin). Elle prenait alors un air détaché, si d’aventure le regard de nos hôtes revenait vers nous (même-pas-essoufflée-moi et la mèche à peine déplacée), comme si elle avait fait un lancer mou pour que toutou en profite un max. Peut-être même qu’elle a pensé à lui jeter dessus, qui sait ?

Moi, j’essayais de lui envoyer la fumée de ma clope dans les naseaux, ça marche bien avec les guêpes mais c’est à peine s’il a éternué une fois…

Infatigable, notre Cerbère se contentait de cligner béatement des yeux comme un Shadock, le cul en arrière, la gueule ouverte avec un sourire canin, la tête figé dans une position d’attente : Suis prêt, vas-y copain, j’attrape !!!

Après le repas donc, toute la famille bien fatiguée est partie se coucher. L’ambiance n’était plus trop à la déconnade, nous avons nonchalamment attrapé nos clopes : on va fumer dehors (pssst, on va se faire un débriefing outside).

Catimini et petites souris, nous sommes dehors, chuchotant pour pas que l’on nous entende…

Et là, le chien… Mouaiiiiiisssss, gnak, gnak !!! (Diabolo et Satanas vont avoir leur revanche sans témoins)

On lance le bâton en le narguant derrière la barricade : vas-y, essayes de choper ma main, lol, pfff, mais t’as pas compris que tu peux pas,  bwahahaha !!! 
 
Mais au bout de deux minutes, cela nous lasse déjà alors, nous décidons de l’ignorer… Mais c’est sans compter sans la stupidité subtilité de grosses patounes qui charge comme un mammouth la barricade et se suspend de toute la puissance de ses mâchoires à mon bras, que je relève in extremis.
Passé le premier moment de surprise, je décide de faire marrer coupine car le clebs est toujours agrippé à ma manche. Je me lance subitement dans un défilé « haute-couture » ainsi customisé...

    Et avec ce superbe vison de Jean-Paul Roquet, Inkan fera sans doute des émules pour la collection Printemps-Eté…

 J’arrive au bout de la terrasse, je prends la pose:
Le chien a les yeux écarquillé comme un bovin, suspendu à mon bras, il tient bon! Sa truffe renfrognée, il est haletant mais tenace.
 Je jette sur lui un regard de mannequin dédaigneux : il s’imagine qu’il va pouvoir reposer les pattes à terre pour me tirer en arrière… mais je ne lui en laisse pas le temps et je fais une magnifique pirouette Naomi-Campbell-Cyndi-Crawford-Maïté et le chien virevolte dans mon sillage en soufflant mais il tient toujours bon !!!
 Ether commence à s’esclaffer alors je force le trait, je me déhanche comme jamais et je me retrouve avec une superbe traine de mariée « royal canin » qui tente de s’agripper aux dalles…
  ( Oh mais c’est que ça glisse tes ‘tites griffes sur la terrasse, grosses patounes ! )
 De nouveau au bout de la terrasse, je reprends une pose chiennasse de Pouff manucurée : « pasque je le vaux bien ! » et toutou me regarde avec des yeux exorbités, je vois le rouge dans son neunoeil et sa gueule encore plus froncée et crispée par l’effort !
 Je virevolte à nouveaux, je suis Isabelle Adjani (je ne suis pas folle, vous savez…) avec une manche qui dégouline de bave. Mais le ratier tient toujours bon!
 ( Mince alors, on va faire mieux !!! Il ne résistera pas à une double boucle piquée de Surya Bonaly ! )
 Je prends mon élan et refais un superbe tour sur moi-même…Le chien devient capeline de zibeline et la force centrifuge faisant le reste se retrouve projeté… Oooops, il en couine de surprise !

« p’tain, on va se faire goaler !!! »

Et instant magique, nous revoyons en boucle, le « jeté » de chien et le fou rire arrive.

- Shhhhht, ils vont nous entendre en train de traumatiser le chien !
- Le con, il en redemande !!! (Grosses patounes a pris de l’élan et est de nouveau suspendu à mon bras, moulinant des pattes, et essayant d’ajuster sa prise en grognant)

Mort de rire, j’essaie en vain de le décrocher, j’en ai mal aux côtes et je me traine lamentablement d’un bout de la terrasse à l’autre sous les « chuts, ça fait un de ces boucans » de Ether hilare qui est peut-être déjà en train d’en mouiller sa culotte.

 Impossible de nous calmer : le regard dénué d’intelligence du flying-dog, ses grognements acharnés, l’écho de son couinement, mon manteau en daim en train de morfler sa race…Les « tu crois que je peux l’envoyer plus loin ? »… nous voilà l’espace d’un si savoureux moment deux sales gosses dans une cours de récré, en train de faire une connerie avec la certitude qu’on va se faire chopper à cause du boxon.

Est-ce qu’on a rit de nous, de lui, d’eux ignorant ce qui se tramait sous leurs fenêtres ?
Surement de tout ça à la fois, et surtout, oui surtout de l’image d’un top model « always fashion » déambulant imperturbable, un chien accroché aux basques, bête hirsute se trainant de tout son poids…

              Et comme le dit si bien la pub : c’est si bon la honte ;)

 

Par Inkan - Publié dans : Humour
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Mardi 16 juin 2009

Le réveil sonne, il me semble que je viens de m’endormir, et c’est presque ça : impossible de fermer l’œil avant au moins 3h00 du mat !

Désespéré je regarde encore une fois l’heure, il est 6h00, je commence à 7h00 et de toute manière j’ai rien dans le frigo alors en zappant le petit dej, je peux m’accorder encore 10 minutes et je décide alors de capitaliser en me rendormant.

Ca fait du bien ces dix minutes de rab. Trop même, c’est louche. Je rouvre un œil et attrape négligemment mon portable : PUTAINNNNNN !!!!! Il est 6h30 !!!!!! Je vais être à la bourre !!!

Je me précipite dans la salle de bain, me coupe en me rasant en toute hâte, glisse dans la baignoire, me rattrape de justesse, me fous du savon dans les yeux et réussit à me brosser les dents en me séchant,  une jambe engagée dans le caleçon et le pantalon que j’ai décidé de mettre (les plus près, en fait).

6h40, ouais, je gère, je vais y arriver, un quart d’heure de trajet, ca peut le faire !!!  J’attrape tout ce dont je pourrais avoir besoin, je ferais le tri sur le trajet et je sors de l’appart…

C’est pas vrai, c’est laquelle c’te putain de clef !!!! Tu vas te fermer saleté de porte !!!

Je saute par-dessus les marches de l’escalier que je descends plus vite que l’éclair (trop bien négocié le virage du plateau de palier !) et me voila devant ma voiture : y a encore un enfoiré qui s’est garé comme un sagouin et va m’obliger à faire 5 manœuvres pour sortir mais je vais y arriver !!!!

6h45, je suis bon là, je suis presque à l’heure, peut-être même assez pour me faire une petite halte pour acheter un pain au chocolat car la journée va être longue… Bon allez je cède et je pile en me garant en épi dans une place en créneau, je dégringole de la voiture, me précipite dans la boulangerie : PUTAINNNNNN !!!! Même à c’t’ heure y a un vioc qui hésite entre une demie-baguette ou une entière !!! Et pis on s’en fout de ton mal au dos, y ‘en a qui vont bosser là, laisse ta place ou passe apres, je sais pas, t’as tout ton temps toi !!!!

6h50, je suis à 8 minutes de la clinique je pense, je me changerais vite, ouais, ça le fait, ça le fait, je dois avoir le pouls à 120 quand je croque dans ma première bouchée de pain-au-chocolat, mais j’ai rattrapé le retard.

6h58, c’est vrai ma pendule retarde de deux minutes, ca doit être l’heure là, vite je me gare, cool, y a de la place !!! Normal vu l’heure !

Plus que 50 mètres à faire en suivant le chemin… 15 en passant par-dessus ce talus qui « coupe ». Je prends à peine le temps de réfléchir, il y a un arrosage automatique et là je suis en plein dans la fenêtre où je peux passer sans me faire asperger : Je fonce pour prendre ce raccourci qui va me faire gagner de précieuses secondes.

Et là : effet à la Matrix, le temps se suspend, ma conscience s’aiguise, les gouttes tombent au ralentis, je me vois dans mon élan, à quelques centimètres ce truc boueux qui ressemble à un terrier de taupe, je vais marcher dessus et pourrir mes chaussures… alors je me contorsionne pour rectifier la trajectoire mais… le temps s’accélère à nouveaux et je me rends compte que je ne peux plus rien éviter tellement j'y suis allé précipitemment. Pire, l’herbe est glissante, le mouvement me déséquilibre, je m’effondre de plein fouet sur ce qui est en fait une merde de chien phénoménale !!!!

ET MERDE !!!! PUTAIN !!! Fais CHIER !!!! Pourriture de clebs ! (je visualise très bien le chien mascotte de la clinique, rond comme une barrique, tellement tout le monde le goinfre, moche comme il en peut plus avec son absence de cou et son air de chien pas fini, mais tellement con qu’il en est presque touchant… Je l’imagine se déchirer l’anus sur ce talus et partir en traitre, en laissant ce terrain miné pour l’imprudent qui osera bafouer les règles et ne pas prendre le chemin délimité)

Je reste là étendu dans la merde, tout simplement dégoutté, fané, blasé à me maudire d’avoir pris ce raccourci alors que j’y étais et j’ai subitement envie de rentrer chez moi.

Mais le jet d’eau me rappelle à l’ordre, et en plus je suis en train de me tremper !!!

Je me relève, écœuré, le devant de ma chemise est pourri, j’en ai sur la main, j’ai l’impression même qu’il y en a sur la joue (mais il a chié toute ses tripes ou quoi ?!) et pour ajouter à ma confusion, je ne discerne plus ce qui est de la boue, de ce qui est du jus d’entrailles de batard.

Que faire maintenant ? Je ne supporterais pas une seconde de plus ces fringues sur moi, alors je me déshabille frénétiquement sous l’arrosage automatique (vas- y que ça me lave !!!) et la mort dans l’âme, en caleçon, je retourne à ma voiture avec cette puanteur dans mon nez, vérifiant que mes mains puent toujours aussi et priant qu’il me reste un peu de solution hydro alcoolique.

Je finis le flacon sur moi et constate que pour le coup je suis bien en retard de dix minutes. Il me reste une serviette dans le coffre, ma tenue d’infirmier est dans le vestiaire, je suis presque à poil, je n’ai d’autre choix que d’y aller en priant que tout le monde soit dans le service (et pis dans une clinique psy, un mec en caleçon, c’est presque du banal).

Dieu merci, il n’y a personne, je fais une halte au WC, je vérifie l’intégrité de ma peau (merde, mais ça pue toujours ou c’est moi qui suis traumatisé ?) et réussis à atteindre le vestiaire sans encombre. Je mets ma tenue, en me disant qu’il y a quarante minutes, je dormais comme un bébé et que là je suis déjà une loque : sale journée !

J’entre dans le pc, les regards se braquent sur moi, j’hésite une seconde à dire la vérité mais là c’est juste la cinquième dimension : alors dégouté je balance un «  désolé je viens de me réveiller » qui m’accuse au lieu de m’innocenter et me jette sur le plan de soin de mauvaise humeur.

Saleté de clebs !

 

Par Inkan - Publié dans : Humour
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Samedi 6 juin 2009

Et si nous étions des anges tombés du ciel ?

Penché vers la Terre, en équilibre sur son nuage, l’ange observe les gens. C’est étrange comme on s’agite en bas, il essaie de comprendre ce qu’il s’y passe. Il y a tellement de monde ! Il zoom sur celui-là, choisit cette histoire, change de chaine, la vie est sa télévision. Il aime bien cet homme, il est curieux de savoir ce qu’il va faire demain, s’il rencontrera l’amour. S’abritant de la lumière du soleil avec ses ailles, l’ange se penche un peu plus, pour mieux le voir. Il est perdu dans ses pensées et tout en marchant les yeux rivés sur ses chaussures, il s’apprête à traverser la rue. Quelques mètres plus bas, une moto arrive trop vite, il ne l’a pas vu…

« NON ! Je souhaite voir la suite ! »

L’ange projette ses pensées à toute allure dans le ciel. L’homme, interrompt sa marche, il regarde le ciel, songeur, sans savoir pourquoi, quelque chose a attiré son attention. Puis ne remarquant rien de particulier et dérangé par le bruit de ce chauffard qui passe à toute allure sur sa moto, il pose à nouveau son regard sur ses pieds et continue sa route.
 

A côté de l’ange penché, un autre se lasse du spectacle d’une dispute entre deux collègues de bureau et soufflant d’ennui, cherche comment se distraire. Il voit les fesses de son compagnon de nuage, en équilibre de plus en plus instable. C’est trop tentant, il fait le vide dans sa tête pour pas que l’autre n’entende ses pensées et s’approche doucement. Lorsqu’il est juste derrière, riant sous cap, il donne un coup de pied aux fesses exposées, content de son effet de surprise. La blague fonctionne, l’ange numéro un sursaute et entrainé par son poids tombe du nuage. Il n’a pas de prise au vent, il n’arrive pas à se rétablir, ses ailes sont plaquées contre lui, il n’arrive pas à rattraper sa chute. Il est happé par la gravité de ce monde… Il semble aspiré par un tunnel, se débat comme il peut, la chute lui donne des hauts le cœur. Il veut tenir son estomac, remarque un cordon sur son ventre. L’ange est effrayé, il ne comprend plus rien de ce qu’il se passe, essaie de se dégager, finit par être attrapé par des mains. C’est brutal, cet arrêt. Il fait froid, c’est extrêmement désagréable, il a faim, il a mal, il veut s’envoler mais n’a plus d’ailes. Alors il craque et pleure en s’agitant. C’en est trop pour lui, le traumatisme lui fait perdre la mémoire.

« Qui suis-je ? »

Il doit accoutumer sa vision, ici tout semble flou, il ne voit plus comme avant. C’est à peine s’il voit à un mètre. Un Dieu s’approche alors, immense, tout puissant et le prend dans ses bras. Il lui sourit avec bienveillance. « Je suis ton père » dit-il. L’ange contemple ce Dieu qui le pose finalement contre un autre Dieu, féminin celui-là. Et là, emmailloté dans des choses qui le serrent, apeuré, transi de froid, notre ange trouve un réconfort immense sous la chaleur et la douceur de ce nouveau Dieu. Il sent son amour irradier, il ne risque plus rien, il est aimé, câliné, protégé…

 

Sur un nuage un ange penché regarde le bébé : « Oups, je suis désolé, mais ne t’inquiètes pas, je vais te surveiller. »

Le bébé s’endort, il n’y a rien d’intéressant pour le moment, alors curieux de savoir qui est là, l’ange regarde les autres bébés dans les pièces à côté et reconnait l’ange du nuage qui est à l’intersection du courant d’air chaud et du courant d’air froid. « Il a dû tomber aussi, ou alors il s’ennuyait aussi et a sauté. C’est tentant de voir si je m’en sortirais bien moi aussi. Et puis j’aimerais bien danser comme ils font dans ce pays à côté de la mer-qui-est-plus-lourde-que-les-autres… »

Dans un cri d’excitation, l’ange numéro deux s’élance de son nuage et tombe en piqué vers cet autre endroit qu’il a choisi…

Par Inkan - Publié dans : Textes et nouvelles
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Vendredi 1 mai 2009
 
 N’avez vous jamais remarqué qu’un fou rire n’arrive jamais au bon moment ? C’est certainement pour ça qu’ils sont aussi drôles.
Si je commence à raconter les miens, on va penser que je suis insortable... Souvent ils sont une échappatoire à une situation qui provoque chez moi un grand stress. Du fou rire « bête » au fou rire « social », on passe par plusieurs catégories que je vais essayer de « blog »lister et d' illustrer avec les miens.
 
1. Le fou rire " la vache, qu’est-ce que t’as pris ! " :
Le plus commun, je crois. Tu es le témoin impuissant d’une grosse gamelle, d’un râteau phénoménal et t’es pété de rire. Et plus l’autre semble te détester de t’esclaffer si peu discrètement au lieu de compatir (alors qu’au fond, ok, bien au fond, t’es un peu désolé pour lui) plus tu as mal aux côtes. Tu crois que ça ne s’arrêtera jamais mais c'est si bon ...
C’est le fou rire vidéo gag !
J’en ai vu des chutes, mais certaines m’ont marquées et quand j’y repense j’ai encore le sourire aux lèvres. Tssss, je vous assure je ne suis pas mesquin.

 Anecdote :
C'était l'été et tout jeune Inkan que j'étais, j'avais décidé de faire l'ascension de la Sainte-Victoire avec un groupe d'amis.
 Miss D, l'une d'entre nous était une bavarde invétérée et ne cessait de me demander toutes les cinq minutes si j'étais sûr de l'itinéraire... Hors j'avoue que je nous avais bel et bien paumés, ce qui est en soit un exploit quand on connait la Sainte-Victoire!
Nous voilà donc coincés dans une cheminée, presque en rappel. Comme j'étais passé le premier, je me retourne vers elle pour voir si elle suivait sans heurt et là... Je la vois accrochée comme spiderman au rocher, le regard bovin et... muette!!! Pétrifiée de terreur à cause du vertige. Je commence à rire nerveusement en l'entendant me demander encore une fois si j'étais vraiment sûr du chemin et là catastrophe, Miss D glisse sur un demi-mètre et finit un peu plus en contrebas, suspendue je ne sais pas par quel morceau comme Tom Cruise dans Mission Impossible.
C'est alors que le fou rire commença, presque honteux et irrépressible quand cette fois-ci j'entendis monter une clameur digne d'un nazgul. Je pu distinguer clairement deux mots: Sale con!!!! Suivis d'une bordée d'injures dont même les pierres se rappellent.
Hélas,plus je voyais Miss D s'énerver, et me regarder haineuse, plus j'en riais... peu enclin à l'aider maintenant en voyant l'écume qui s'échappait de sa bouche.
Manque de bol en me penchant pour l'encourager un gravillon glissa de la corniche et lui tomba sur le coin de la tête. Ceci débloqua néanmoins la situation car elle devint alors quasi hystérique et se mit à gravir les quelques mètres qui nous séparaient en me promettant qu'elle allait me tuer et écraser mon sourire de hyène qui se foutait de sa gueule.
Je pris peur en la voyant, je voyais la bête en elle et son rictus enragé tel la promesse d'une déculottée digne de ce nom. Alors plus prudent que téméraire, je fis volte-face et m'enfuis vers le sommet comme si j'avais le diable aux trousses et croyez-moi, c'était le cas.
Le souffle coupé, me tenant les côtes tellement je riais, je courrais comme un lapin et j'entendais Miss D derrière moi qui gagnait du terrain.
Nous croisâmes un groupe de touristes allemands qui éberlués virent passer Inkan, riant et pleurant à la fois, talonné de près par une furie qui lui jetait le contenu de son sac à dos (méchant l'attaque du jambon-beurre) et plus loin débonnaire et géné le reste du groupe qui prenait des photos-dossier...
Et en sautant par dessus le dernier ( un homme ou une femme avec des birkenstocks tranchant sur des mollets rougeauds) je m'excusais en marmonnant un vague "achtung" auquel on me répondit un "schnell" d'encouragement!!!
Parole de randonneur, ce jour-là on n'avait jamais vu la montagne aussi vite escaladée!
Heureusement au sommet nous étions tellement épuisés que toute vendetta était vaine. Après quelques heures de repos,Miss D décida qu'elle ne bougerait plus d'un iota et qu'on n'avait qu'à lui envoyer un hélicoptère pour la descente. Alors avec un sourire effronté, je lui proposais de suivre le chemin laissé par les sandwiches pour retrouver notre route.
Mission accomplie, nous redescendîmes comme nous étions montés, moi galopant hilare, poursuivi par Miss D me balançant ce qu'elle pouvait de sa bouteille d'évian et les autres consternés par autant de bétises.
Jamais un fou rire ne m'aura donné autant de courbatures!
Par Inkan - Publié dans : Humour
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Samedi 14 mars 2009


(lys)

Dans mon jardin secret s'ouvrent  délices,
En de tendres carresses que l'on esquisse,
De mutins sourires que l'on veut complices,
Avec dans les yeux un brin de malice,

(rose)

De simples intentions que l'on arrose
De je t'aime auquels rien ne s'oppose
Parant la plus petites des choses
de  flocons faits de rimes et de proses

(pensée)

Sous l'évanescence de mes pensées
Murmurent et glissent gouttes de rosée
Embrassant de leur fraicheur l'etre aimé
Et distillant un parfum d'éternité

(arum)

Et de sensuelles fragrance aux aromes
de vétiver, de thym ou de pomme
appellent sans que l'on ne le somme
le doux contact de la peau d'un homme

(digitale)

Et sur mon corps, son empreinte digitale
signature ourlée comme  un pétale
Me rappelle qu'il est un être spécial:
mon tout, ma mélodie subliminale.

(ancolie)

 Et que me surprenne la mélancolie
Mes fleurs fanées par le manque de lui,
Je trouverais une patience infinie
Dans ce lieu magique qui nous réunis.


(patience)

Et pour rendre son amour immortel
j'escaladerais un arc-en ciel
pour capturer les couleurs les plus belles
et illuminer sa vie d'étincelles...

(immortelle)

Par Inkan - Publié dans : Textes et nouvelles
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Mercredi 11 mars 2009



Le temps passe et il dessine en moi

Tant de choses qui me ramènent à toi
J'ai déposé sur ton cœur de faïence
Tout mon amour et ma confiance

Le moindre éclat peut le ternir
Juste d'y penser, je me sens frémir
J'ai si peur que j'en tremble
Qu'un jour nous ne soyons plus ensemble

J'aimerais te dire toutes les folies
Tous les scénarios qui me font envies
Mais coeur de faïence fait argile
Du mien devenu trop fragile...

Par Inkan
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Samedi 7 mars 2009

 Il y a des dates, des événements, des choses qui se passent qui marquent un tournant dans votre vie, c'est fortuit ou provoqué, vous êtes seul ou accompagné et parfois, étrangement, les deux...

Après mon coup de télèphone à Ether, j'étais dans un état que j'ai encore du mal à définir aujourd'hui. C'était comme si j'étais dans les prémices d'une cassure ou plutôt comme si j'arrivais à un carrefour mais cette fois-ci à une telle vitesse que je devais prendre un chemin sans vraiment réfléchir, au risque de quitter la route.

L'expérience d'Ether m'avait donné une lueur d'espoir, la motivation de dépasser ma peur, l'envie d'avancer? De ne pas rester en berne au bord du chemin? Je n'arriverais pas aujourd'hui à faire le tri dans ce que je pouvais ressentir, c'était une ébullition là où d'habitude je maintiens un encéphalogramme plat.
Seul chez moi, je n'avais aucun moyen de faire diversion même si j'ai essayé, en me servant un grand verre d'alcool alors que ce n'est pas dans mon habitude de boire.
 Après avoir ouvert un frigo vide (je n'ai toujours pas fait les courses), je cherchais ce qui pourrait calmer cette faim de ...? Faim de se faire plaisir, faim d'être? Besoin d'être rempli de quelque chose. J'ai bien pensé en regardant le paquet de cigarettes vide qui trainait encore sur la table (une semaine que je n'ai plus fumé) a aller en racheter mais c'était tard...et en fait pas envie de ça.
J'ai tenté de joindre mon chéri mais aucune réponse à mon texto.

 Je me suis donc retrouvé face à "rien" et de la même manière qu'Ether, j'ai pris mon télèphone et composé le numéro de mes parents. Le coeur battant à tout rompre, j'espérais secrétement que vu l'heure personne n'allait répondre, j'ai même failli raccrocher à la deuxième sonnerie (fausse excuse, y a personne...) mais bientôt comme si je devais être mis au pied du mur, j'ai entendu la voix de mon père.
Muet, j'ai attendu une éternité avant de pouvoir émettre un son, pétrifié par la peur de ce que j'allais faire. Ma voix semblait s'être échappée.
J'ai fini par réussir à articuler, mal assuré: Ca va?
Et il y avait derrière ces deux mots tellement de choses à entendre: "je te prends par surprise, c'est un "ça va" d'introduction, je ne vais pas bien et je vais te parler sérieusement maintenant, je veux que tu m'écoutes, peu importe ce que tu en penses, je fais ça pour moi, j'en ai besoin"
Un silence, et j'ai eu un moment de doute avant de l'entendre répondre: ca va et toi? Et là , à ce ton qui était tellement pas le ton qu'on emploie pour repondre à cette question, j'ai entendu aussi ce qu'il fallait entendre: "je suis surpris que tu m'appelle, je vois qu'il y a quelque chose qui cloche, je n'ose plus rien dire, je sais pas quoi faire, je t'écoute".


 Je ne sais pas par où commencer alors je me lance sans préambule avec cette première perche.
"Ca te fait pas bizarre cette manière totalement fausse et neutre qu'on a de se parler? Comme si l'on s'adresse à un étranger alors que ce ne devrait pas être le cas...?"
Et là, de nouveau un silence durant laquelle j'essaie d'évaluer l'impact de cette premiere approche. Et au mot unique qui suivra, "si", je décide de continuer, brusque je m'en rends compte, mais on ne peut plus honnête, ça sort comme ça vient, me dis-je, sans gants mais ça fait des années que j'en prends:
"Papa, je crois que je ne t'aime pas, j'en éprouve une trés grande culpabilité parce que ça ne devrait pas être comme ça, mais pourtant ça l'est, je n'arrive pas à éprouver aujourd'hui autre chose que de la colère envers toi et ça me bouffe la vie. Ca me bouffe la vie aussi de faire semblant que tout va bien entre nous alors que l'on sait très bien que ça sonne faux à chaque mot prononcé. D'ailleurs j'en éprouve un tel malaise que j'évite qu'il y en ait beaucoup. On sauve les apparences, aussi bien toi que moi mais on ne leurre personne."
Je suis mortifié par ce que je viens de dire mais j'en éprouve en même temps un formidable soulagement, j'ai dit ce que je voulais dire, sans réfléchir aux conséquences que ça pourrait avoir sur l'autre, je l'ai dit pour moi et je découvre pour la première fois que je ne lui appartiens plus et que je suis libre de mes actes en face de lui.
Il ne répond rien et j'ai l'espace d'un instant envie de m'excuser, mais une force nouvelle m'habite et je ne le fais pas: je n'ai dit que la vérité.

Perdus chacun de notre côté dans nos pensées, j'en profitais pour noter que ça ne se passait pas comme je fantasmais cette conversation: là où je pensais que j'allais lui en mettre plein la gueule, finalement je n'en éprouvais pas le besoin. Je n'avais pas envie de me défouler, d'attaquer ou de me défendre, juste envie de dire ce que je ressentais, de la manière la plus objective possible, en faisant le tri des choses que j'avais envie de reprocher: celles qui n'avaient plus d'importance, celles qui étaient exagérées et celles que tout simplement je n'arrivais pas à comprendre et dont je voulais me débarrasser en ayant des réponses, si c'était possible...Je voulais: la vérité.
J'étais en train de préparer ma phrase suivante, en choisissant mieux les mots quand, à son tour, il me surprit en disant d'une voix ettoufée: "pardon"
Celà venait de me couper dans mon élan, je venais à peine de commencer ce que j'avais à dire. J'ai cru l'avoir imaginé et je suis resté muet, mais je l'ai entendu encore ce mot: "pardon" avec toute la force que lui donnait un sanglot et soudain, j'en fus bouleversé. Je n'avais pas imaginé qu'il pouvait avoir mal aussi et le fait de l'entendre me donnait enfin la possibilité d'envisager un pardon  puisqu'il regrettait et que comme moi il aurait voulu que ce ne soit pas.
 Il devenait inutile pour moi alors que les choses soient plus précisées. Après des années de faux-semblants, un seul mot disait tout ce qui devait l'être. Ce mot et toutes les phrases qu'il y avait derrière. Et ce faisant, je comprenais ce qu'il voulait me dire, comme il faisait de son côté...communication non verbale...
 Il continua pourtant en me disant qu'il avait été un mauvais père, qu'il n'avait pas connu le sien et qu'il s'était promis de faire mieux mais qu'il avait tout raté, qu'il avait tout abimé et qu'il ne pouvait que le regretter. Que c'était normal qu'on veuille le punir en ne lui accordant aucune légitimité d'être notre pêre. Qu'on le dépossédait de ce qu'il avait de plus précieux et que c'était mérité. Et il demanda encore pardon, en pleurant sur lui cette fois-ci, je crois...

Il voulait donc se pardonner aussi. Je compris mieux ce que me disait hier Ether, même si le concept de paternité m'est totalement étranger et que je n'arrive pas à imaginer ce que celà peut faire que la chair de sa chair nous repousse.
Peut-être qu'en effet c'est en soi une punition suffisante. Je suis moi-même assez conscient de la douleur que l'on ressent en voyant fuir ceux que l'on aime et de ce que la culpabilité peut avoir d'insidueuse.
Je n'ai pas voulu donner l'absolution tout de suite, celà aurait été encore mentir. Alors en ayant l'impression d'être pour la première fois le moteur de cette "relation" entre nous, je lui ai répondu:
Il me faut du temps, encore, et je sais pas si ça suffira. Il est possible que je puisse ne plus te détester, même peut-être pardonner, mais ça me demande de faire un cheminement, d'être sûr que j'ai envie de trouver un père que j'aime quand même, malgré moi et malgré lui. Il est peut être inutile pour moi de trouver une raison à tout ça, il me suffisait de comprendre que c'est toi qui a un grave problème qui a eu des répercussions sur moi. Pour que celà n'en ait plus, il me semble normal que tu t'emplois à le régler et de mon côté, je dois faire la même chose pour effacer les conséquences.
J'étais subitement très fatigué et je lui dis à nouveaux que l'on devait laisser le temps passer, que j'aurais peut-être pas envie de rappeler de suite et qu'il devait me laisser libre de choisir.
Après un silence durant lequel aucun "je t'aime" ne sortit des deux côtés par pudeur, habitude ou honte, je ne sais pas, je raccrochais le premier.

J'ai ensuite éclaté en sanglots, pour relacher une tension accumulée. J'ai pleuré longtemps jusqu'au moment où je me suis rendu compte que je pleurais sans avoir plus rien à évacuer, que c'était juste physiologique. Et je me suis endormi sans ne plus penser à rien.
Ce matin je me suis réveillé avec une sensation de nouveauté. J'avais envie de partager celà avec quelqu'un, réfléchir à tout ce qui c'était dit, en analyser les moindres recoins.
Alors j'ai ouvert mon blog et j'ai décidé d'effacer quelques articles que je trainais comme des boulets, j'en ai publié un vieux qui était au point de départ de cette dépression qui s'est étiré sur 9 mois.
En le lisant je fus saisis d'un élan spirituel: il y a des signes, partout, on ne les voit pas toujours du premier coup.
Le 28 mai dernier, je sortais de l'hopital et exactement 9 mois plus tard je décollais pour un autre pays près à m'ouvrir à la vie. Comme lors d'un accouchement j'ai eu des "contractions" de mieux être sans que le noeud du problème ne sorte. Il aura fallu l'exemple ou le soutien de proches, une certaine léthargie et du temps aussi pour que je décide de quitter "le ventre de mon père".
Ainsi , moi Inkan, je suis né deux fois...

Par Inkan
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